Recherche d’un apprentissage : les conseils de Xavier-Noël Cullmann

La recherche d’un apprentissage ou d’un stage n’est pas toujours aisée, certains candidats n’ayant pas encore d’expérience en entreprise. Afin d’informer les futurs étudiants, et de les aider à se préparer aux entretiens, nous avons sollicité les conseils d’un spécialiste : Xavier-Noël Cullmann, manager chez KonexUP (cabinet de recrutement spécialisé dans les métiers du digital) a accepté de répondre à nos questions. Intervenant dans la licence eMAT depuis ses débuts, il connaît en profondeur les problématiques liées à ces recrutements.

Quelles sont les qualités et compétences que l’on attend d’un étudiant recherchant un stage ou un apprentissage en licence eMAT ?

Bien sur il n’y a pas de réponse universelle. Selon les entreprises et les missions qu’elles souhaitent confier à l’étudiant, il peut y avoir des écarts.

Cependant, de ma propre expérience pour être intervenu dans la licence eMAT depuis ses débuts (l’époque où on l’appelait LPRRW : Licence Professionnelle Référenceurs et Rédacteurs Web) et avoir recommandé des étudiants à pas mal de mes clients, j’ai pu constater que beaucoup de ces entreprises cherchaient avant tout à créer un poste, car leur maturité dans le digital n’était pas toujours à la hauteur des enjeux. Les profils préférés étaient donc avant tout autonomes et autodidactes, qualités par ailleurs nécessaires dans le métier de manière générale.

Il y a aussi, et c’est valable pour beaucoup de postes, une question de valeurs : la recrue va représenter l’entreprise et prendre parole en son nom, il est donc essentiel qu’elle adhère parfaitement à l’image et à la culture de la structure qu’elle va rejoindre.

Enfin, il faut un certain sens commercial pour savoir convaincre ses interlocuteurs : le marketing digital et son utilité n’est pas encore un acquis pour les entreprises, qui ont tendance à décaler son déploiement, quand bien même la personne est embauchée pour cette mission. Dans ces cas-là, il faut que l’étudiant soit en capacité d’argumenter la valeur ajoutée de son travail, ainsi que la nécessité d’avoir les moyens techniques (outils) et financiers (budgets d’achat pub par exemple) pour atteindre l’objectif visé.

Quelle importance est accordée au niveau d’anglais ?

Là encore tout dépend du poste et de l’entreprise. S’il s’agit de développer de la vente à l’export ou d’avoir des leads internationaux, l’anglais sera un prérequis potentiellement éliminatoire.

Si à l’inverse, l’entreprise ne sert que la France ou une zone de chalandise exclusivement francophone, sans volonté immédiate de pousser plus loin, le niveau d’anglais ne sera pas pris en compte dans l’analyse de la candidature.

Cependant, en tant que recruteur sur un poste de marketing digital, je pense qu’un minimum d’anglais reste nécessaire : c’est un métier technique où les innovations viennent souvent des Etats-Unis, et la veille sera souvent faite sur des articles ou des conférences en anglais, sans parler de tous les anglicismes présents dans le métier. Attendez-vous donc à avoir un moment dans les entretiens où la discussion passera brutalement en anglais !

Certains professeurs mettent l’accent sur la nécessité d’avoir des projets personnels (site internet, blog, chaîne Youtube…), est-ce un avis que vous partagez ?

Je le partage à 100% et en suis moi-même un prescripteur. Sur des profils jeunes, ne pouvant pas faire état d’une expérience pratique professionnelle sur les métiers, l’un des seuls moyens pour le recruteur de vérifier la passion réelle de l’étudiant pour son futur métier, est de voir ce qu’il a déjà fait.

Je valoriserais notamment les expériences associatives (en plus du projet en lui-même, elles dénotent un certain travail d’équipe et un tempérament volontaire) débouchant sur un site Internet ou des pages sociales sur lesquels l’étudiant est en mesure de prouver son implication et le fait qu’il a testé des choses.

On ne jugera pas nécessairement le résultat, à ce niveau étudiant on attend surtout de voir la curiosité du candidat sur les sujets au travers de ces expériences personnelles et associatives, et éventuellement creuser ses difficultés et succès liés.

Quelle importance ont les études réalisées avant la licence ?

Les études réalisées en amont permettent d’avoir un premier regard sur le type de profil du candidat :

  • Des études initialement littéraires seront un plus pour un poste de rédacteur web ou même de community manager
  • Un début d’études sur les langues, type LEA, pourra être valorisé dans des projets internationaux
  • Un étudiant qui a commencé des études plutôt techniques, sera peut-être plus imaginé dans un poste purement technique SEO ou analytique.

Mais cependant, un bon recruteur saura prendre du recul et ne pas cantonner le profil étudié à son début d’études : pour revenir sur l’exemple du profil technique, s’il se réoriente vers la licence eMAT, c’est probablement qu’il ne se voit pas faire que du technique et que cette motivation pourra rattraper les prétendues lacunes de ce qu’il n’aurait pas appris dans ses études techniques.

Selon vous, est-il plus difficile de trouver un poste en étant en reconversion / reprise d’études ?

C’est plus difficile dans le sens financier : un profil plus senior en âge coutera plus cher à l’entreprise ; de même que les prétentions salariales sont plus élevées pour l’étudiant en reconversion (surtout s’il a des prêts engagés ou un famille à charge).

Mais cela peut aussi représenter des avantages : un profil qui a déjà connu l’entreprise est généralement plus facile à intégrer et peut obtenir des résultats généralement plus rapidement.

Le tout est de trouver l’entreprise qui est en adéquation avec ce besoin, et savoir valoriser ses atouts !

Vaut-il mieux chercher à se spécialiser rapidement (SEO, Rédaction ,SEA , Social Media…) ou être polyvalent ?

Il y a différentes écoles, mais mon expérience pousserait à plutôt conseiller de d’abord être polyvalent !

Cela vous permettra de développer votre culture générale du métier, mais aussi et surtout de savoir ses aspects qui vous plaisent le plus, comme ceux qui vous rebutent. Avec l’expérience en revanche, la logique voudrait que vous vous spécialisiez dans un domaine qui est celui de prédilection.

N’oubliez pas par ailleurs que nous sommes dans un monde où les technologies, entre mises à jour et évolutions des comportements et des outils, changent tout le temps. Spécialistes ou non, vous devrez toujours faire de la veille et être en capacité d’adapter votre expertise aux besoins de votre entreprise et du marché.

Avez-vous des conseils pour bien préparer un entretien dans les métiers du web marketing ?

C’est un sujet très vaste mais je vais focaliser ma réponse sur l’essentiel. Il y a déjà des conseils applicables à tous les entretiens en général :

  • Renseignez-vous bien sur l’entreprise et le poste,
  • Préparez l’entretien, sachez répondre aux questions récurrentes des entretiens,
  • Faites en sorte d’arriver à l’heure, quitte à arriver plus tôt et attendre un peu sur le parking,
  • Soyez subtils dans vos souhaits, quelqu’un de débutant qui demandera un salaire au-dessus des minimas, des avantages sociaux ou du télétravail, pourrait être mal vu. Si ces souhaits sont importants pour vous, argumentez sur leur légitimité et pourquoi cela est important pour vous et compatible avec les missions qui vous seront confiées.

Et pour la préparation propre au web marketing :

  • Regardez ce que l’entreprise fait déjà : son site Internet, ses réseaux sociaux, ses newsletters …
  • Pour aller plus loin, faites un mini-audit pour dire ce que vous préconiseriez.
  • Préparez des expériences de projet personnelles ou professionnels passés qui peuvent illustrer de votre capacité, ou du moins votre curiosité, à prendre en charge les missions qui vous seront confiées.
  • N’hésitez pas à poser des questions sur le mode de fonctionnement en équipe lié à vos missions ; ainsi que sur les outils que vous aurez à votre disposition.

Conseillez-vous plutôt de débuter en agence ou chez l’annonceur ?

Le parcours idéal selon les retours d’expérience que j’ai pu avoir, est de commencer à travailler en agence. C’est extrêmement formateur car vous travaillerez sur plusieurs dossiers en même temps, vous aurez une équipe avec qui partager vos difficultés ainsi que la veille, et généralement l’esprit de travail des agences est bien calibré avec les profils juniors.

Sans donner de noms, mais j’ai eu quelquefois des retours d’étudiants avançant avoir des stages/apprentissage peu formateurs chez un annonceur. Renseignez-vous bien en amont, travailler pour un site e-commerce peut sembler intéressant sur le papier, mais si le gros de vos missions est de faire les colis, ça risque d’être compliqué de valider votre année !

Par la suite les conditions, notamment salariales, peuvent être meilleures chez l’annonceur, avec également moins de stress (un seul gros projet à travailler). Attention cependant à l’ennui !

C’est pourquoi on retrouve souvent des personnes qui vont faire leur stage/alternance en agence et y faire leur premier CDI pendant 2 à 3 ans, avant de chercher chez l’annonceur.

Je reprécise qu’il s’agit de généralités, on peut trouver des annonceurs qui proposent des missions très riches avec un travail d’équipe, comme certaines agences peuvent confier des missions non réalisables et sans soutien réel. D’où l’importance de bien vous renseigner quand vous postulez et lors de l’entretien !

Vous voilà bien armés pour préparer votre entrée dans le milieu professionnel du web !

Pour aller plus loin :

Timothée Lambs – 28/12/19

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